Préservons l’essentiel !

Préserver le vivre ensemble

L’importance de préserver l’essentiel : être vigilants, ensemble, pour ne pas oublier l’un de nos combats, fondamental & inhérent au fait associatif…

Construire une société plus juste, plus solidaire, plus durable : on devrait s’entendre là-dessus. Cela passe notamment par le renforcement du lien social et de nos capacités individuelles et collectives à collaborer et à vivre  ensemble, à faire preuve d’ouverture, dans un contexte croissant de tensions sociales, économiques, politiques et environnementales. Une période où nous devons faire face aussi à la montée des discours extrêmes et de haines qui visent à exclure et restreindre, dans les esprit puis la pratique, les contours de ce vivre ensemble…

« Les discours de haine n’entraînent pas seulement un préjudice personnel et être susceptibles d’inciter à la violence, ils constituent une atteinte à l’inclusion, à la diversité et aux droits humains. Ils minent la cohésion sociale et érodent les valeurs communes, faisant reculer la paix, la stabilité, le développement durable et le respect des droits de l’homme pour tous. »*

*(Source : site de l’Unesco)

Je redis ici, moi aussi, comme bon nombre, ma conviction et mon attachement au rôle précieux et visible des #associations pour nourrir ce projet de société, où chacun et chacune, encore une fois, individuellement et collectivement, a un rôle à jouer. Une autre conviction profonde qui guide mon engagement professionnel d’ailleurs, corollaire de la première : la place du bénévolat comme  pilier fondamental de cette vision à court, moyen et long terme. Une vision partagée, mais une vision parfois menacée…

Une place qui demande plus que jamais une vigilance toute particulière de notre part (organisations associatives, professionnel·les que nous sommes, bénévoles, institutions et autres…).

Une prise de conscience est indispensable sur ce rôle que nous avons à jouer au travers de nos pratiques au quotidien, notamment professionnelles pour maintenir une place de choix à l’humain et ses compétences relationnelles comme l’une des composantes indissociables de ce vivre ensemble. Il en est de notre responsabilité sociale… Il en va de notre avenir commun.

Une façon de préserver autant que possible l’essence même de la vision associative. Ne l’oublions pas, en arrière-plan de chaque projet associatif, elle participe in fine à cette vision prospective de faire commun, en proposant des espaces en théorie préservés et « sécurisés », ces écoles de la citoyenneté parfois, du vivre ensemble toujours, où l’apprentissage, l’interconnaissance et le respect de l’autre doivent rester des valeurs clés de son développement. Une clé de son épanouissement lié à celui de nos sociétés contemporaines. La préservation de ces espaces de dialogue et de co-construction doit rester une objectif en soi, même secondaire, aussi discret et invisibilisé peut-il paraître parfois, mais intimement lié au concept du faire ensemble.

Développement du bénévolat : pourquoi parler de vigilance aujourd’hui ?

Entre « professionnalisation » croissante et nécessaire et recherche d’efficacité (une nécessité aussi) dans le cadre de la mission sociale de chaque organisation, il existe un risque réel de rétrécissement des espaces de liberté, de participation active à l’action, aux débats et aux prises de décisions, tout comme le fait, peu à peu, de dévier vers une sélection de profils et personnalités associés à ces niveaux d’exigence qui s’imposent. Cela ne reviendrait il pas, au fil du temps, à installer une vision et logique associative quelque peu dévoyée qui pourrait, dans les faits, sacrifier ce qui fait aussi la force de l’associatif ? Je fais allusion à l’inclusivité, au fait d’être ensemble et de nouer des relations que l’on n’aurait pas pu avoir hors de ce cadre associatif. Une façon de s’épanouir individuellement et collectivement qu’il ne faut pas sous-estimer, et qui s’intègre parfaitement dans les sources du mieux « vivre ensemble » et de cette idée de société plus juste plus solidaire et plus respectueuse de chacun, chacune.

Je pose alors une question quelque peu provocatrice : la place à une forme d’amateurisme (par opposition au professionnalisme sans que cela ne soit perçu comme une approche péjorative) dans le bénévolat ?

Pour que le bénévolat reste une source d’épanouissement individuelle et collective ?

Le bénévolat ne doit-il accepter une forme d’amateurisme ou de non professionnel pour rester fidèle à cette ambition ?

En préalable, que cela soit clair pour ne pas détourner mon propos, il n’est pas question d’exclure le bénévolat de compétences, ou une forme de « professionnalisation » en développant des compétences pour le bon déroulement de la mission sociale – et qui soit dit en passant, seront utiles dans un parcours de vie et pour la société… Il me semble néanmoins important que cela soit accompagné d’une forme d’attention, voire d’exigence, quant à garder un bénévolat à la portée du plus grand nombre. Il doit exprimer une forme de simplicité pour le rendre accessible à toutes et tous, compréhensible dans ses effets, par toutes et tous et s’appuyer sur l’humain qui transcende l’exercice. De quoi rappeler cette relation humaine essentielle dans l’approche associative que le bénévolat porte et promeut au travers de cette complémentarité affichée entre des individus qui développent et renforcent au passage des compétences relationnelles, citoyennes et tant d’autres.

A trop « complexifier » ou « professionnaliser » le bénévolat sous couvert d’efficacité recherchée, parfois au regard d’injonctions, notamment des financeurs, c’est prendre le risque de basculer dans une forme de « productivisme ».

Au détriment de la plus grande force que le bénévolat défend dans la pratique ? En l’occurrence, je parle de ce lien social qu’il (re)tisse mais souvent devenu invisible tant il est intégré dans le quotidien de nos sociétés. Une situation qui risquerait de pousser peu à peu au retrait pour certains et certaines, au repli pour d’autres, ou d’accentuer un peu plus, une inégalité d’opportunité à découvrir, s’investir et évoluer dans le bénévolat. Le risque : accentuer cette fracture associative « qui n’est pas une fatalité » mais déjà bien réelle comme le rappelaient Guillaume Douet ( Coalta Formation) & Cécile BAZIN ( Recherches & Solidarités) dans cet article du numéro 723 de Juris Associations en juillet 2025.

La conséquence, à contre-courant de nos combats, in fine, serait une forme de contraction de nos capillarités sociales avec un impact sur nos compréhensions respectives du monde qui nous entoure et donc, potentiellement sur dos capacités d’interactions sociales plus humaines, plus respectueuses, plus solidaires et plus durables. Il s’agit là d’un équilibre difficile et précaire à trouver mais une nécessité pressante au regard des défis qui nous attendent…

Dans nos fonctions d’animateur de réseaux, et/ou de développement du bénévolat, par exemple, en lien avec les équipes d’autres services, il y a ce besoin constant, et peut-être encore un peu plus aujourd’hui, d’efficacité (le temps est de l’argent), de compétences, et d’expertises… Mais cela peut entrer en contradiction – souvent – au final avec ce que le bénévolat implique : souplesse, adaptation, ouverture, accompagnement et apprentissage, soit du temps plutôt long… Et il implique surtout, sur ce temps d’engagement, de développer les compétences citoyennes, le faire ensemble et de participer à la construction du vivre ensemble en y posant les bases fondamentales.

Une recherche d’efficacité croissante dans la mission (nécessaire, certes)  peut donc parfois peser lourd  sur cet élément essentiel inscrit entre les lignes quand il s’agit du développement du bénévolat.

Une petite provocation utile pour finir sur une petite réflexion – ce nouveau point d’attention, plutôt d’actualité…

A l’heure de l’intelligence artificielle et de son expansion dans les pratiques du quotidien, ne se poserait on pas la question de son impact sur le bénévolat ?

Forcément, comme tout aujourd’hui, cela relève de l’évidence. La question est de savoir de quelle façon et d’en comprendre aussi bien les risques que les opportunités… Positive ? Au regard de toutes les potentialités qu’elle apporte dans le cadre d’une forme de « professionnalisation » (au-delà du débat sur l’impact environnemental), sûrement !

Mais la recherche d’efficacité ne pourrait elle néanmoins pas aussi amener à limiter l’implication de bénévoles pour des missions qui étaient auparavant proposées, pour des question de gains de temps et d’énergie (et d’argent), comme par exemple dans le fait de coordonner les missions et d’accompagner celles-ci… Ne pourrait-on pas se questionner sur le fait que cela se ferait potentiellement au détriment d’une partie de ce lien social et humain que l’on souhaite (re)construire, et cette idée de (re)connexion entre les individus telle que mise en avant plus haut ?

L’IA, par exemple, « brainstormera » plus vite qu’un collectif de bénévoles se servant des expériences partagées en ligne mais ne serait-ce pas au détriment de l’échange entre individus qui partageraient leurs propres expériences vécues et leurs idées ? Mais la plus value de l’exercice résidera aussi dans cette rencontre, ce temps passé ensemble à développer écoute, respect, adaptabilité, plaisir des se retrouver et de réfléchir ensemble pour une cause qui fait sens pour soi et pour les autres… Du temps perdu ou un temps précieux, fonction de où on se place ?

Oui, ce sera peut être plus efficace, mais cela ne diminuerait il pas les espaces d’expression et de créativité collective ? Comme pour toute évolution, il sera là question de l’usage qui en est fait et des pratiques qui pourraient se mettre en place mais il me paraît clair que la vigilance est de mise – avis personnel (et professionnel).

Il est peut-être temps d’ouvrir le débat… (au même titre que cela est fait pour les équipes salariées au passage). N’oublions pas cette « ressource humaine » du quotidien pour nos organisations que l’on compte par  millions et qui sera impactée, elle aussi, par les évolutions structurelles au sein de nos organisations et qui forceront à l’adaptation – mais de quelle façon? Cette dernière réflexion est assurément simpliste pour susciter quelques réflexions…

Pour conclure

Ces réflexions que je livre ici sont associées à la vision que je porte au travers du concept dont je parle régulièrement, la #cooportunité que vous pourrez retrouver sur mon site internet pour les plus curieux et curieuses d’entre vous, avec un objectif : rendre l’engagement possible pour toutes et tous, que chacun et chacune puisse participer à la construction d’une société plus juste et plus solidaire à laquelle nous aspirons (presque) toutes et tous !

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#bénévolat #associations #engagement #ESS #VieAssociative #VivreEnsemble #professionnalisation #IA

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